Un film théâtre de l’absurde : le boycott de ‘Foxtrot’ par Regev inflige un affront à la culture israélienne

La ministre de la Culture Miri Regev est souvent en guerre contre les institutions culturelles, mais boycotter le Festival du Film israélien à Paris à propos de ‘Foxtrot’ est tout simplement absurde.

La politique de la ministre de la Culture Miri Regev provoque souvent des frictions entre elle et le monde de la culture, mais cette semaine, elle a conduit le pays et ses institutions officielles au-delà des mers jusqu’au royaume de l’absurde.

Le mois prochain, le 18ème Festival annuel du Film Israélien – institution culturelle aguerrie et respectée – se tiendra à Paris. Cette année, la direction du festival a décidé d’ouvrir l’événement avec le film ‘Foxtrot’ de Samuel Maoz, qui a reçu en septembre le Lion d’Argent du grand jury au Festival cinématographique de Venise, et a raté de peu la sélection pour un Oscar du Meilleur Film étranger. Mais, au lieu d’être fière des exploits du film et de son créateur, l’ambassade d’Israël boycottera l’événement.

Depuis l’été dernier, la ministre de la Culture a mené une bataille obstinée contre ce film, dans lequel on voit des soldats israéliens tuer les passagers d’une voiture et dissimuler les traces de leur acte. Regev a décidé que le film « fait du tort à la bonne réputation des FDI » et est même « destructrice pour la plus importante commémoration du 20ème siècle – l’État d’Israël ».

Bien que Regev n’ait aucune autorité sur les ambassades israéliennes, les événements de ces derniers jours ont prouvé que son ardeur a profondément infiltré les institutions du pays. L’ambassadrice d’Israël à Paris a essayé de s’immiscer dans les considérations artistiques de la direction du Festival du Film Israélien et de faire changer le programme. La directrice du Festival, Hélène Schoumann, a dit que l’attaché culturel de l’ambassade lui avait demandé de remplacer ‘Foxtrot’ par un autre film « parce que la ministre de la Culture Miri Regev est en guerre contre celui-ci ».

L’ambassadrice d’Israël à Paris, Aliza Bin Noun, a confirmé ce fait et a même racoler les Juifs français dans cette malencontreuse bataille : « J’ai dit aux organisateurs qu’il était offensant de se séparer de la communauté juive », a-t-elle dit à Haaretz. « Mais les organisateurs ont refusé de choisir un autre film, et nous ne viendrons donc pas à l’ouverture. »

Même s’il participe au financement de la culture, le gouvernement n’a pas à donner des certificats de kashrout aux œuvres qu’il approuve, ou à rejeter les œuvres qu’il critique. La confusion dangereuse créée par Regev entre « culture » et « propagande » menace non seulement la poursuite d’une œuvre israélienne de grande qualité, mais tout autant l’image du pays : Les titres des journaux qui, en France, parlent du boycott israélien du festival du film, qui est une célébration de la culture israélienne, ont suscité un très grand embarras. Les années précédentes, les supporters de BDS étaient venus manifester contre le festival et maintenant, je pense qu’il est très étrange que cette attaque vienne du gouvernement israélien, a dit la directrice du festival. Il n’est pas étonnant qu’elle en ait conclu que « il semble que cette ministre n’aime pas beaucoup l’art ». Peut-être aurait-elle dû ajouter que la ministre n’aime pas beaucoup non plus la démocratie.

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