The Lancet : Razan Ashraf al-Najjar

The Lancet, volume 391, n° 10139, p. 2496, 23 juin 2018.

DOI : https://doi.org/10.1016/S0140-6736(18)31361-8

Razan al-Najjar est une volontaire de premiers secours d’urgence de la SMPS. Elle était née le 13 septembre 1997 à Khuza, dans la Bande de Gaza, dans les territoires palestiniens occupés. Elle est décédée le 1er juin 2018 suite à un tir alors qu’elle aidait une personne blessée près de la frontière entre Israël et Gaza. Elle était âgée de 20 ans.

En début d’année, Razan al-Najjar a déclaré dans une interview au New York Times : « Nous avons un seul et unique but : sauver des vies et évacuer des gens. Nous voulons envoyer un message au monde : sans armes, nous pouvons tout faire. » Razan était une secouriste volontaire de l’ONG palestinienne SMPS. Elle travaillait près de la frontière quand un soldat israélien lui a tiré dessus le 1er juin 2018 alors qu’elle aidait un homme blessé. Son collègue Mahmoud Abdoul Ati a été, lui aussi, atteint alors qu’il s’occupait du blessé avec Razan ce jour-là. Il m’a dit que Razan était « une des personnes les plus engagées pour aider les blessés et elle était particulièrement gentille avec ses collègues. »

Des milliers de gens, choqués par la mort d’une jeune femme qui remplissait son devoir humanitaire, ont suivi son cortège funèbre. Depuis son décès, beaucoup de personnes se sont présentées pour s’entraîner aux premiers secours en qualité de secouristes volontaires pour les urgences.

Razan a grandi à Khuza, une petite ville agricole près de la ligne d’armistice séparant la Bande de Gaza d’Israël, dans le district de Khan Younès. Ashraf, le père de Razan est mécanicien – actuellement au chômage- et sa mère, Sabrine, est femme au foyer. Elle était l’aînée de ses trois frères et de ses deux sœurs. Elle a suivi les cours d’une école gouvernementale à Khuza mais n’a pu s’inscrire à l’Université étant donné les contraintes financières de sa famille.

A l’âge de 18 ans, Razan a commencé à se porter volontaire pour les urgences médicales de premiers secours chez SMPS. Dans ce but, elle a suivi plusieurs petits cours de premiers secours et d’aide infirmière chez SMPS, à l’hôpital al Nasser. Elle a alors travaillé comme volontaire avec SMPS et dans les hôpitaux d’al Nasser en prodiguant les premiers secours dans sa communauté. Depuis ce que nous, les Palestiniens, appelons La Grande Marche du Retour du 30 mars 2018, Razan a donné les premiers secours et a aidé à évacuer les blessés comme intervenant de front – de première ligne-durant les manifestations. Elle était connue pour sa force et son engagement. Dans son interview au New York Times, elle a particulièrement insisté sur le fait que « être un paramédical n’est pas un travail d’homme seulement. C’est aussi un travail de femme. Les femmes ont à jouer ici un grand rôle en s’occupant des blessés. »

Le 1er juin 2018, Razan et la SMPS fournissaient les premiers secours aux blessés et s’activaient à les évacuer. Les volontaires, y compris Razan portaient des uniformes blancs qui les identifiaient comme volontaires de premiers secours d’urgence. Razan et ses cinq collègues ont crié aux soldats israéliens pour les alerter sur leur qualité de soignants et de secouristes s’occupant des blessés et en levant les mains comme l’a montré la vidéo de CNN. Ils se trouvaient loin de la frontière et loin des manifestants. Soudain, un soldat israélien s’est mis à tirer à balles réelles. Razan a été atteinte. Elle a fait quelques pas avant de s’effondrer. Conduite à l’hôpital européen de Gaza, elle y rendit son dernier souffle. Deux autres volontaires de SMPS ont aussi été atteints aux jambes par balles mais n’ont pas été fatalement touchés. Un troisième collègue s’est cassé une jambe en essayant de s’échapper. Razan est le deuxième auxiliaire de santé tué par les soldats israéliens au cours des manifestations du Grand Retour. Ces attaques ont affecté 240 autres membres du personnel médical dont 29 agents ont été blessés par balles réelles.

Sa mère m’a raconté que Razan a passé sa vie à s’adonner au travail humanitaire de la SMPS. Elle a ajouté : « Personne ne peut dire ce que je ressens. Je veux dire au monde que Razan est partie et que j’ai pris sa place. C’est pourquoi j’ai commencé à m’impliquer moi-même avec la SMPS en première ligne, au front. Ce que Razan faisait était un travail humanitaire et je ne peux comprendre pourquoi ils l’ont tuée. Bien qu’elle ait été exposée au danger et à de grandes contraintes, elle insistait sur le côté humain de son engagement. Quand j’ai commencé à me porter volontaire pour les premiers secours à la SMPS, j’ai réalisé la difficulté qui accompagne le service des autres. »
Razan vit dans le cœur de sa famille. Elle manquera cruellement à sa famille de la SMPS. Comme me l’a confié sa mère : « Razan est morte mais sa mission continue. »

Al-Hlou Y, Collier N, Abuheweila I. The Palestinian medic killed by Israeli soldiers. The New York Times online. 2018. https://www.nytimes.com/video/world/middleeast/100000005932394/palestinian-medic-killed-at-gaza-protest.html?playlistId=100000001914099&re (consulté le 11 juin 2018)

Lee I, van Heerden D. “Her only weapon was her medical vest” : Palestinians mourn death of nurse killed by Israeli forces. CNN June 4, 2018. https://edition.cnn.com/2018/06/03/middleeast/razan-al-najjar-gaza-nurse-killed/index.html (consulté le 11 juin 2018)

WHO. Situation report occupied Palestinian territory, Gaza 23–29 May, 2018. http://www.emro.who.int/images/stories/palestine/documents/WHO-Health_Cluster-Special-SitRep-29May2018-Final.pdf?ua=1&ua=1 (consulté le 11 juin 2018)

I am President of the Palestinian Medical Relief Society.

Mustafa Barghouti

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