Pas de criminalisation du mouvement pour la justice en Palestine !

| Herman De Ley pour BACBI |Tribunes

Est-ce qu’il faut que la Belgique interdise le boycott d’Israël, comme c’est le cas en France ? C’est bien l’avis de Serge Rozen, le président du Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique (CCOJB). Lors d’un discours en présence du Premier Ministre et du Ministre Jambon, il a lié le mouvement de Boycott Désinvestissement Sanction (BDS) au « virus de l’antisémitisme ». Ce faisant il a exprimé l’espoir que la Belgique prenne des mesures législatives comparables et interdise le BDS.

Venant de la part d’une organisation sensée avoir un engagement supérieur pour les valeurs démocratiques, cette demande peut nous étonner. Comme le Premier-Ministre Michel l’a précisé dans sa réponse, la lutte contre l’antisémitisme concerne également la défense de « nos valeurs universelles, des droits de l’homme et des libertés fondamentales ». Or le BDS est avant tout un mouvement de défense des droits de l’homme. Il trouve son origine dans l’appel à la solidarité de la société civile palestinienne.

La population palestinienne est confrontée depuis près d’un demi-siècle à une colonisation impitoyable, sans perspective de dénouement. En Israël, des partis d’extrême droite sont au gouvernement. Des poussées de racisme et de déshumanisation des « Arabes » se multiplient, des exécutions sommaires sont justifiées. La démolition de maisons et d’infrastructures prend des proportions alarmantes en Cisjordanie et Jérusalem-Est, de même que l’accaparement de terres au profit des colonies illégales. Le blocus inhumain de Gaza se poursuit.

La campagne BDS pour la justice met en lumière le double discours des élites politiques européennes à l’égard d’Israël. Inspirés par la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud dans les années ’80, ses activistes estiment que seule la pression extérieure offre une perspective de solution pacifique. Vingt ans de processus de paix, en effet, n’ont pas réalisé le respect du droit international, tout au contraire : Israël a pu renforcer l’occupation. Le temps presse : la « Palestine » est aujourd’hui réduite à quelques enclaves sous contrôle militaire israélien.

L’appel du BDS connaît un succès international croissant : de la part d’artistes, d’acteurs culturels et d’intellectuels, des organisations humanitaires, sociales et syndicales, d’Églises et d’universitaires. La crispation d’Israël et de ses défenseurs est significative à cet égard. Une campagne internationale disposant de soutiens financiers très importants vise la campagne BDS, et, très récemment, une conférence a été organisée à Jérusalem à ce sujet. Un membre du gouvernement israélien y a appelé, en présence de l’Ambassadeur de l’Union européenne, à l’« élimination civile ciblée » de leaders du BDS, tandis qu’un autre dirigeant considérait que ces derniers « devront payer le prix ». Amnesty International a condamné fermement ces menaces et ces appels à la haine.

Les tentatives récentes de criminaliser le BDS ont utilisé un argument rhétorique dont l’objet central, la critique d’Israël, est dénommée « le nouvel antisémitisme » (ce qu’a fait M. Serge Rozen) C’est la manière utilisée désormais pour bâillonner toute critique de la politique israélienne. Nous refusons ce raccourci grotesque. La critique morale et rationnelle ne peut être compatible, par définition, avec un antisémitisme irrationnel et raciste. La critique repose sur des faits : l’occupation est un fait ; la violation des droits humains palestiniens et du droit international humanitaire est un fait ; que les autorités israéliennes rendent la vie de millions de personnes insupportable est un fait. Les Nations Unies les ont condamnés dans de multiples résolutions. L’accusation calomnieuse d’antisémitisme, de manière évidente, ne sert qu’à dissimuler l’injustice intolérable de l’occupation et de la situation d’apartheid.

Le statut du mouvement de solidarité avec la Palestine ne peut être sujet à malentendus. Œuvrant pour la défense des droits de l’homme il est lié aux mouvements sociaux contemporains et réprouve toute forme de racisme. Le BDS notamment relève d’une stratégie démocratique, pacifique et morale. C’est un mouvement de protestation de la part de femmes et hommes de conscience. La question de savoir si le boycott est effectivement le moyen adéquat pour réaliser les droits égaux des Palestiniens peut faire l’objet d’un débat. Sa pénalisation est inacceptable. C’est précisément pour cela que le dialogue public et la discussion sont nécessaires. La condition préalable est que le gouvernement belge respecte la liberté d’expression et la liberté d’association garanties par la Constitution.

Em.Prof.Dr. Herman De Ley (Belgian Academic and Cultural Boycott of Israel - BACBI)

Organisations signataires :

BACBI (Belgian Academic and Cultural Boycott of Israel) ; 11.11.11, Noord-Zuid Beweging ; Agir pour la Paix ; Artistes contre le mur ; Association belgo-palestinienne ; les ballets C de la B ; Broederlijk Delen ; Brussels Brecht-Eislerkoor ; BRussels Tribunal ; Centrale Générale-FGTB ; Centre national de coopération au développement (CNCD) – 11.11.11 ; Forum Gauche Écologie ; FOS-socialistische solidariteit ; Hand in Hand tegen Racisme ; Hart boven Hard ; Intal ; Jeunes Organisés et Combattifs (JOC) ; Kif Kif ; La Ligue des droits de l’Homme ; Médecine pour le Peuple ; MOC Charleroi-Thuin ; Mouvement Chrétien pour la Paix ; Palestina Solidariteit ; Pax Christi Vlaanderen ; Plate-forme Charleroi-Palestine ; Plateforme Watermael-Boitsfort Palestine ; Solidarité Socialiste ; Solidarity with Bedouins ; Union des progressistes juifs de Belgique ; Victoria Deluxe ; Vrede vzw ; Vredesactie vzw.

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