En soutien à notre collègue Eleonora Roldán Mendívil

Prof. Dr. Peter-André Alt, Président de l’Université Libre de Berlin

Prof. Dr. Tanja Börzel, Directeur de l’Institut Otto-Suhr, Université Libre de Berlin

Prof. Dr. Bernd Ladwig, Administrateur ad hoc de l’Institut Otto-Suhr, Université Libre de Berlin

Membres du Directoire de l’Institut Otto-Suhr, Université Libre de Berlin

Chers Collègues,

Nous apprenons avec consternation la décision prise par l’Institut Otto Suhr de Science Politique de l’Université Libre de Berlin de suspendre le contrat d’enseignement en cours d’Eleonora Roldán Mendívil, et d’engager une enquête sur un contenu supposément antisémite de ses publications.

Les accusations précises contre elles n’ont pas été formulées publiquement mais semblent être liées au matériel posté sur un site internet connu pour ses liens avec des hommes politiques européens d’extrême droite. La source de ces affirmations devrait par elle-même faire réfléchir toute institution académique, dont la mission principalement devrait être de protéger la liberté académique dans la recherche et l’enseignement. Ce site internet ne présente aucune preuve spécifique qui corrobore ses allégations, sauf le fait que la jeune universitaire a eu l’outrecuidance d’analyser l’État d’Israël dans la perspective du colonialisme de peuplement. Cette analyse a eu lieu en tout état de cause en dehors de son cours sur « Racisme et capitalisme », dans lequel (voir son interview récente) elle n’a fait absolument aucun commentaire sur Israël.

L’analyse théorique du rôle du racisme au sein du capitalisme est un sujet académique légitime, comme l’est l’analyse d’Israël dans un contexte colonialiste. Une conférence internationale sur le colonialisme de peuplement en Israël/Palestine a eu lieu en effet à l’Université d’Exeter en octobre 2015.

Selon l’avis de la Cour Internationale de Justice de 2004 sur les conséquences juridiques de la construction d’un mur dans les territoires palestiniens occupés, les colonies israéliennes en Palestine violent le droit international. La position de la Cour était fondée, entre autres, sur les nombreuses résolutions du Conseil de Sécurité et de l’Assemblée Générale des Nations Unies, auxquelles a été récemment ajoutée la Résolution 2334 du Conseil de sécurité. Si l’Institut Otto Suhr acceptait la logique qui sous-tend les accusations contre Roldán Mendívil, il se mettrait lui-même en opposition flagrante au droit international.

Ces accusations contre Roldán Mendívil sont évidemment, tristement, consistantes avec la campagne en cours à l’échelle internationale pour éradiquer la critique d’Israël par une extension élastique de la définition de l’antisémitisme de façon à faire de nombreuses critiques d’Israël des éléments de preuve d’une motivation antisémite. Le fait que la population d’Israël (dans ses frontières internationalement reconnues) soit principalement juive ne fait pas de l’État d’Israël un « Juif collectif ». Israël est un État et, de ce fait, la critique de sa formation et de sa politique est appropriée ; l’est aussi l’examen des liens entre cette politique et le projet sioniste fondateur d’Israël, comme l’a effectivement souligné Hannah Arendt dans son oeuvre pionnière Eichmann à Jérusalem (1963).

Roldán Mendívil est une jeune universitaire, mais les mêmes normes devraient s’appliquer à tous les membres d’une communauté de scientifiques. Il est malséant de la part d’une institution précédemment respectée de réagir à des attaques sans substance et politiquement motivées de toute évidence, par la suspension de son enseignement. Ce type de réaction va jeter un froid sur la liberté de pensée et d’expression académique beaucoup plus important que ce cas individuel. Nous vous exhortons à reconsidérer votre décision, à la réintégrer et à refuser de mettre en œuvre des tests politiques sur ses écrits et sur son enseignement.

Sincèrement vôtre

Jonathan Rosenhead, Professeur émérite, London School of Economics, Royaume Uni ; Président du Comité Britannique pour les Universités de Palestine (BRICUP)

Joseph Oesterlé, Professeur émérite, Université Paris-VI, France ; Président de l’Association des Universitaires pour le Respect du Droit International en Palestine (AURDIP)

Herman De Ley, Professeur émérite, Université de Gand, Belgique ; Comité de pilotage de la Campagne Belge pour un Boycott Académique et Culturel d’Israël (BACBI)

Dr Ronit Lentin, Trinity College Dublin (retraité), Ireland ; Président des Universitaires pour la Palestine

David Lloyd, Professeur émérite d’Anglais de l’Université de Californie, Riverside, USA ; membre du Comité d’Organisation de la Campagne Américaine pour le Boycott Académique et Culturel d’Israël (USACBI)

Samia Mahmoud, Professeur assistante, Université de Birzeit, Palestine ; Comité de pilotage de la Campagne Palestinienne pour le Boycott Académique et Culturel d’Israël (PACBI).

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