Des ministres israéliens défendent les soldats dont les cris d’enthousiasme résonnent dans une vidéo de sniper

Intervenant à la radio de l’armée israélienne, Naftali Bennett a défendu la réaction des soldats en ces termes : « Quand on s’est déjà trouvé sur un champ de bataille, on sait que ce n’est pas sérieux de juger ces hommes en restant bien assis à Tel Aviv »

Naftali Bennett, ministre de l’Éducation, a pris la parole mardi (10 avril) pour défendre les soldats israéliens figurant dans une vidéo où ils poussent des acclamations après avoir regardé un sniper tirer sur un Palestinien qui s’approche de la barrière frontalière avec la bande de Gaza. Les Forces de défense israéliennes (FDI) affirment que la vidéo a été filmée il y a plusieurs mois.

« Quand on s’est déjà trouvé sur un champ de bataille, on sait que ce n’est pas sérieux de rester bien assis à Tel Aviv ou dans un studio [de télévision] et de juger les soldats des FDI à cause de leurs propos, au moment où ils défendent activement nos frontières », a déclaré Naftali Bennett lors d’une interview donnée à la radio de l’armée.

Gilad Erdan, ministre de la Sécurité publique, a, lui aussi, défendu les soldats. « Nous atteignons un haut degré de déraison et de délire », a-t-il déclaré lors d’une interview à la radio israélienne. « À quel point s’ennuyait-on hier dans ce pays pour qu’on ait besoin de donner une telle publicité à cette vidéo ? Aller prendre une situation sur le champ de bataille, où les soldats sont stressés, où on leur jette des engins explosifs, où on assiste à des tentatives d’infiltration [au-delà de la frontière], prendre leur réaction d’êtres humains et la juger depuis les fauteuils de Tel Aviv ? », a-t-il poursuivi.

« Aucun pays au monde ne ferait une chose pareille. Il aurait mieux valu que ces réactions de bonheur [des soldats] ne circulent pas, mais les juger et conclure que quelque chose ne va pas, c’est de la folie », a conclu Gilad Erdan.

Ofir Akunis, ministre de la Science, de la Technologie et de l’Espace, a dit à la radio israélienne que, de toute évidence, ce genre de choses ne devrait pas arriver, et que cela nuit à l’image d’Israël. Les efforts de diplomatie publique d’Israël sont difficiles, presque impossibles, a-t-il dit.

Ofir Akunis a également souligné que l’on voit dans cette vidéo un Palestinien de Gaza s’approcher de la barrière frontalière, ce qui est une provocation, et que personne ne sait quels pouvaient être ses motifs ou son but. « Ce n’est pas un civil innocent qui vient dans un esprit de paix. J’en suis certain », a-t-il affirmé.

La vidéo a provoqué sur les médias sociaux des réactions des parlementaires israéliens, de gauche comme de droite.

Jamal Zahalka, de la Liste unifiée, souligne que la vidéo « renvoie à une situation typique. Des snipers israéliens ont tué de sang-froid des Palestiniens non armés qui participaient à une manifestation non violente » « Ce n’est pas étonnant, poursuit-il, que des soldats se comportent de cette façon quand les ministres, les députés à la Knesset, les médias et l’opinion publique s’associent à cette ambiance de fête et acclament le massacre de Palestiniens. »

Les parlementaires du Likud ont eux aussi réagi à la vidéo. Yehuda Glick a dit que la vidéo était « très pénible à regarder », ajoutant que l’atmosphère était « préoccupante et décevante ». Oren Hazan, député temporairement suspendu, a twitté : « Pourquoi faire tant d’histoires ? c’était indiqué à l’avance : quiconque s’approche de la clôture, armé ou pas, sera puni. Comme il se doit ! »

Hazan ajoute qu’il est fier des soldats qui défendent Israël, et qu’il espère que la vidéo envoie « à l’autre côté un message plus clair. »

Dimanche (8 avril), il a été annoncé que l’armée lancerait une enquête sur la conduite des troupes lors des incidents récents à la frontière avec la bande de Gaza, au cours desquels plusieurs manifestants ont été tués par des tirs de snipers. Cette enquête sera menée par le général de brigade Moti Baruch, qui dirige la Division de la doctrine et de la formation de l’État-major. L’armée n’a pas encore décidé le nombre de décès dont les circonstances seront examinées, mais il semble que l’enquête sera centrée sur les incidents dont les victimes étaient des civils, notamment la mort vendredi (7 avril) du photographe palestinien Yasser Murtaja.

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